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Le samedi après-midi à Moscou, comme à Paris, est consacré aux vernissages de galeries d’art. Ceux du quartier de Winzavod, une sorte de Soho moscovite, attirent une foule d’amateurs dans ces anciens entrepôts de vins rachetés par la femme d’un milliardaire et transformés en galeries d’art, boutiques de mode et lofts pour des activités artistiques.
La Regina Gallery présentait l’exposition « Come back » consacrée à Semyon Faibisovich. Cet artiste qui est aussi écrivain et
essayiste, a débuté dans les années 70 et s’est fait connaître à l’Ouest à travers les années 80 en exposant aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suisse… Il est connu comme le représentant le
plus célèbre de l’hyperréalisme russe. Lui-même se réfère au « photoréalisme » comme une technique procédant de la photographie. On lui a ensuite attribué la notion "d’hypnoréalisme"
par sa capacité à capter des instants de la vie quotidienne soviétique (vue de foule dans le métro, dans une gare, dans un bus…) comme des
« moments arrêtés sur une réalité déprimante… » Vers 1987-1989, une série de ses portraits de Gorbachev fait la couverture du « Time ». Aujourd’hui, il aurait la cote la plus
élevée parmi les artistes russes vivant en Russie. L’exposition de la galerie Regina marque le « come back » de l’artiste qui avait cessé de peindre en 1995, ses sujets de prédilection
ayant disparu avec l’évolution de la société russe. Après une dizaine d’années, l’artiste s’est remis à la peinture et son come-back est autant personnel qu’un constat des changements de la vie
en Russie.
Dans la M & J Guelman Gallery, l’artiste Dimitry Gutov exposait sa série « Used ». Il s’agit de ready-made assemblés de façon à
évoquer les vitrines de magasins socialistes.
Dans le même bâtiment, au fond se cache une galerie avec plusieurs espaces d’art et une boutique de mode. Ce multi-marques propose une sélection très diversifiée de marques européennes, russes, de gadgets japonais, et de vintage de prêt-à-porter de maisons de couture comme Saint Laurent Rive Gauche, Miss Dior, Chanel (à des prix exorbitants).
Dans le bâtiment en face, je rencontre Elena Lounguine, la directrice du Rodchenko Moscow School of Photography & Multimedia. C’est elle qui a fondé un festival de la photographie devenu incontournable. Une exposition organisée avec Magnum occupe la partie haute du bâtiment. Dans le sous-sol, aux allures de crypte voûtée, se tient un colloque devant une assemblée nombreuse parmi laquelle figure l’ambassadeur de France et son épouse, des passionnés d’art contemporain.
Dans le bâtiment à gauche de l’entrée, je fais la connaissance du mari de Svetlana Tegin, une créatrice qui vient d’installer les locaux de sa marque de mode dans un vaste loft au dernier étage. (Tél : 8 985 763 3982 www.tegin.net). Son style explore aussi bien le futurisme, le gothique, l’onirique, avec des allusions aux cultures traditionnelles, notamment dans la collection de cet hiver dont elle a eu l’inspiration en visitant la Mongolie.
Les bâtiments de Winzavod :
Voiture couverte d’herbe à Winzavod :
Exposition de Dimitry Gutov à la M & J Guelman Gallery :
Une œuvre de la série « Used » de Dimitry Gutov :
L’artiste Semyon Faibisovich, de dos parlant à des invités de son vernissage à la galerie Regina :
Un tableau de Semyon Faibisovich :
Exposition Magnum :
Atelier de Svetlan Tegin à Winzavod :
Le mari de Svetlan Tegin :
Les toilettes sculpture en béton créés par le mari de Svetlan Tegin :
Un évier sculpté comme un sarcophage romain par le mari de Svetlan Tegin :
Billy Boy, après s’être illustré de façon particulièrement originale dans la mode parisienne des années 80, a donné une nouvelle dimension à son travail artistique en s’installant en Suisse. Son projet de fondation devrait voir le jour prochainement et sera l’écrin de son importante collection d’objets d’art et de mode traitant principalement de l’œuvre de la grande couturière Elsa Schiaparelli.
Ces dernières années, sa passion pour le monde de la poupée de mode s’est muée en un véritable concept artistique, le « Midvanisme », qui est à l’origine de très nombreuses expositions conçues par l’artiste et son alter ego Lala. (Les plus récentes au MUDAC et au Musée de l’Elysée de Lausanne. Egalement à signaler, un important article dans le magazine Fashion Femina d’avril 2008, « Dans la Maison du fou d’Elsa », avec toute une série de photos mettant en scène sur des personnalités un choix des plus belles robes de la collection de Billy Boy).
A la galerie Cramer de Genève, Billy Boy expose une série d’œuvres créées en collaboration avec Lala et le designer Philippe Cramer. Des maisons cubistes, dont le décor géométrique reprend le sujet de certains tableaux, renferment un décor pour poupées du futur. Les objets possèdent cette sophistication dans leur conception et réalisation qui rappellent la singularité de Billy Boy créateur de mode.
Jusqu’au 17 mai. Galerie Cramer + Cramer. 8 rue de la Muse. Genève.
Billy Boy (à droite) et Philippe Cramer (à gauche), tentant de pénétrer dans leurs maisons miniature :
Cube maison avec des parois s’ouvrant et dotées de portes et fenêtres :
Intérieur du cube avec meubles miniatures :
Vue montrant le rapprochement entre les tableaux de Billy Boy et les objets maisons miniatures :
La galerie Analix Forever est une des plus intéressantes galeries d’art contemporain. Elle est dirigée par Barbara Polla, personnalité qui s’est illustrée sur la scène politique genevoise, médecin, directeur de recherche à l’INSERM, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la psychologie de l’apparence, fondatrice avec son mari Luigi Polla du premier Institut de beauté médicalisé en Europe, le Forever Laser Institut. La plupart des activités de Barbara Polla tourne autour de l’idée de Beauté qu’elle aborde sans ségrégations, au-delà des frontières de genres, sur les plans esthétiques, artistiques ou intellectuels. L’institut de Beauté qui comporte des œuvres d’une trentaine d’artistes, a été mis en scène par l’artiste-architecte Andreas Angelidakis. Dans sa galerie Analix Forever, elle a « découvert » de nombreux jeunes artistes dont Vanessa Beecroft dans les années 90. Elle a soutenu lors de son lancement le magazine Purple et créé des événements avec Viktor & Rolf ou Kris van Assche alors peu connus du public.
En ce moment se tient dans cette galerie une exposition sur le thème du travail, imaginée par Paul Ardenne et Barbara Polla en partant de la constatation que malgré l’importance de cette notion dans la société contemporaine, elle reste relativement invisible dans le monde de l’image. "Working Man" a été conçue comme un questionnement sur les « nombreuses résonances géopolitiques, psychologiques, culturelles… » du travail. Le directeur artistique de Dior Homme, Kris Van Assche, a imaginé une installation qui est le résultat d’un processus de défilé de sa dernière collection. Le 18 janvier 2008, des t-shirts défilaient marqués « Fuck you all » au milieu de machines à laver. A la fin du show, les hommes les retiraient pour les mettre à laver dans des machines symboles d’une « libération » de l’homme. Pendant toute la durée de l’exposition, deux de ces machines tournent, lavant inlassablement les t-shirts, insistant sur cette nécessité de se laver de tout ce qui encombre la vie pour se mettre au travail l’esprit libre.
Jusqu’au 8 mai. Analix Forever. 25 rue de l’Arquebuse. CH-1204
Genève.
Olga Ivanova expliquant à un groupe d’étudiants en Beaux-Arts les Œuvres de Robert and
Shana ParkeHarrison :
Installation de Mike Bouchet. « Carpe Denim »,
2004-08.
Des jeans produits dans une usine seront ensuite redistribués aux travailleurs de cette entreprise par un lâché dans les
airs.
Lettres de non-motivation de Julien
Prévieux.
L’artiste répond à des petites annonces d’emploi par des lettres de
non-motivation plus ou moins loufoques. Il réunit dans un livre ces lettres avec les réponses des entreprises, soit des lettres stéréotypées prouvant que son courrier n’a pas été lu, soit des
lettres réagissant à son courrier pour le moins surprenant.
Il y avait vraiment beaucoup de monde au vernissage de l'exposition rétrospective que Beaubourg consacre à l'artiste franco-américaine Louise Bourgeois (après celle organisée par la Tate Modern Gallery de Londres en 2007). L’exposition commence de la même façon qu’à Londres avec une accroche spectaculaire et terrifiante. Les visiteurs sont accueillis par une gigantesque araignée d'acier installée au coeur du forum. Mais l'insecte géant, selon l’artiste, peut se contempler selon une identité effrayante ou, au contraire, protectrice. Entre un cauchemar organique envoûtant et une vision troublante de la Maternité. Cette œuvre célèbre invite à entrer en suivant un fil de soie imaginaire dans le monde de Louise Bourgeois… un monde teinté de rouge et de rose caractéristique de cette artiste féministe qui se nourrit inlassablement de ses souvenirs d'enfance et de thèmes freudiens. Les pièces les plus monumentales ne sont pas forcément les plus attachantes. Les petites pièces sont particulièrement émouvantes comme ces œuvres en tapisseries de récupération assemblées en totems ou cette sculpture évoquant la femme architecture.
Un seul défaut le jour de l’inauguration : pour admirer les dessins, il fallait patienter une heure avant de pénétrer dans la Galerie d'art graphique du Musée où sont exposés de nombreux trésors... comme cette frise de dessins représentant une suite de mains symbolisant la collaboration soutenue avec son assistant alter ego.
Au Centre Pompidou. Jusqu’au 2 Juin.
Il faisait très beau ce dimanche 9 mars à Shanghaï et comme pendant tout le reste de mon séjour en Chine. Le temps parfait pour aller visiter l’exposition « Unseen » du Musée d’Art Moderne, juste au pied de mon hôtel, au cœur du « People’s Park » où les familles vont promener leur enfant unique et les personnes âgées jouer aux cartes. Pour une fois, j’apprécie pleinement une architecture de verre et de métal qui laisse entrer la lumière à flot et donne l’impression d’être au milieu de la végétation du parc.
Le Musée d’Art Contemporain de Shanghaï présentait une exposition organisée par les commissaires Yangjun Peng, Jiaojiao Chen et Joyce Ho sur la nouvelle génération de photographes à travers une sélection internationale : Ashley Gilbertson (Australie), Camille Vivier (France), Charles Fréger (France), Jacob Aue Sobol (Danemark), Julia Fullerton-Batten (Allemagne), Martin Kollar (Slovaquie), Mikhael Subotzky (Afrique du Sud), Rafal Milach (Pologne), Lieko Shiga (Japon) et Simon Roberts (Angleterre). Le MOCA, qui est le premier musée d’art contemporain privé à Shanghai, fondé en 2005 par la Samuel Kung Foundation avec le soutien du Gouvernement Municipal de Shanghaï. Samuel Kung, né à Shanghaï, possède une importante compagnie de joaillerie basée à Hong Kong. Le MOCA est aussi la seule institution dédiée à l’actualité de l’art à Shanghaï. Le musée s’est donné pour mission, affichée sur la façade du bâtiment, « to bring the best of the world to China, as well as bring the best of China to the world ».
Entrée de l’exposition « Unseen » au MOCA :
Série « Teenage Stories » de Julia Fullerton-Batten, 2005. Des adolescentes géantes évoluent dans des univers fantasmatiques dans lesquels on reconnaît
des monuments célèbres ramenés à des proportions miniatures, sortis de leurs contextes d’origine et réinjectés dans des compositions inquiétantes :
« Oiseau de nuit » de Camille Vivier, 2005.
Magnifique portraits d’animaux surpris la nuit :
« Tokyo ». de Jacob Aue Sobol, 2006-2007 :
Portraits photographiques et Uniformes. « Merisotakoulu 22, de la série Merisotakoulu » de Charles Fréger, 2002-2003. Avec un style qui se réfère à la tradition Renaissance du portrait, l’artiste apporte un commentaire
saisissant sur les « métiers » dans leur symbolique la plus prestigieuse, celle de l’uniforme de parade :
Atelier pour enfants utilisé en salon de repos :