Défilé Givenchy par Riccardo Tisci
La grande halle du Carreau du Temple était à son avantage ce jeudi 17 février. Riccardo Tisci avait laissé toute son ampleur à l’espace, sans le re-découper comme
font en général ses confrères de la Fashion… et en encadrant de doubles rangées de bancs un grand rectangle central laissé vide. Selon son habitude, il fait honneur à l’architecture, aux espaces
de défilés qu’il choisit toujours pour leur monumentalité ce qui contribue à donner une autre dimension aux collections, en les faisant « décoller » de la réalité. Le spectaculaire et
la rigueur se mêlent aussi dans le style de chaque silhouette. Héritage des écoles conceptuelles qui l’ont précédé dans le temps et qu’il admire sans doute, le style est contrôlé selon
quelques axes forts : l’ornement en passementerie, progressivement agrandi et posé sur des fonds de tonalités contrastées, les emmanchures complexes, les volants froissés, l’asymétrie… Mais Tisci
ne s’abandonne pas à la facilité d’un concept clean et froid. Il le tempe dans une générosité toute méditerranéenne et frôle le genre baroque.




Présentation Roger Vivier
Bruno Frisoni recevait ses invités dans les salons du Cercle Interallié. Petit fours et champagne, et les modèles exposés dans des vitrines ou des présentoirs animés
de jeux de miroirs faisant jouer la lumière sur les chaussures, sacs et bijoux. Le thème, déjà introduit dans ses précédentes collections, des volumes à facettes géométriques était interprété sur
des souliers à plateforme, avec de nombreux effets de mats et brillants, de motifs re-dimensionnés, d’or, d’argent et de quelques « folies » bien dans la tradition de Roger Vivier.


par Florence Muller
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Défilé Céline
Ivana Omazic s’est fait une spécialité : une mode féminine… le terme est sans doute trop galvaudé, usé jusqu’à la corde de millions de feuillets de textes
destinés au magazine ou aux dossiers de presse. Difficile de l’emprunter encore, et sans y ajouter un qualificatif qui aiderait un peu à savoir, quelle féminité ?! Mais bon, voilà c’est un
fait, sa mode est destinée à mettre en valeur la féminité et c’est déjà beaucoup. Mais cette saison, la créatrice a ajouté quelque chose à cette capacité à embellir la femme : les coupes se
font plus recherchées, plus complexes, des détails surprennent comme ces dos en forme de sac à dos, ces poches ou manches travaillées en sculptures souples.


Audrey Tautou au défilé de Céline :

Matthew Ames
A la galerie Martine Thibault de la Chatre, Matthew Ames présentait une exposition semi-vivante : deux mannequins, avec ordre de rester immobile pendant une
heure, la tête encapuchonnée et le visage masqué, encadrant différentes apparitions de mannequins. Le style évoque différends souvenirs des années 70-80 : Issey Miyake pour les drapés et les
tissus aux teintes douces, Anne-Marie Beretta pour les proportions de la silhouette, pour les accessoires, les sandales plates en cuir naturel… Mais dans un style moins appuyé, plus léger et
réel.


par Florence Muller
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Défilé Jean Paul Gaultier
Marion Cotillard a gagné un oscar bien mérité et Jean Paul Gaultier un oscar non officiel, celui de la plus belle robe de tapis rouge… merveilleusement portée
par l’actrice à Hollywood. Pas moins de 3 essayages menés par le maître en personne ont permis d’ajuster la robe et d’obtenir une silhouette de vraie sirène, prolongement très heureux de la
dernière collection de haute couture dédiée à la femme marine en écailles.
Le défilé de prêt-à-porter de l’hiver prochain n’est pas une version simplifiée de la haute couture. On ne voit pas bien ce qui détermine le statut des deux shows
tant celui du prêt-à-porter se rapproche dans sa conception et sa réalisation de la haute couture. Sur le thème de « Pierre et le Loup », les femmes Gaultier se protégeaient de peaux de
bêtes d’un genre très raffiné. En casque, en manteaux, en longues besaces … toutes les possibilités offertes par les fourrures volumineuses ou à poils ras étaient exploitées dans des décors
virtuoses. Mais, comme pour la collection Sirène, cette collection réclame un examen plus attentif et de près pour en découvrir toutes les subtilités.
3 apparitions de femmes loup :

Les hôtesses en t-shirt marin, signature de Jean Paul Gaultier que le couturier a souvent portée dans le passé et souvent ré-interprétée dans ses
collections :

par Florence Muller
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Le salon de mode féminine Rendez-vous avait déjà utilisé l’Espace Cardin pour une précédente édition. Cette fois-ci, une autre adresse lui a été ajoutée pour
accueillir plus confortablement les 120 exposants. L’Académie L’Oréal a prêté ses salons du 14 rue Royale, vastes pièces lumineuses à l’étage noble du bâtiment. De quoi mettre dans une ambiance
luxueuse les jeunes ou moins jeunes marques de toute nationalité. L’organisation « 101% Brussels Fashion » a ainsi bénéficié d’un espace de promotion de ses créateurs mis en scène par
Tony Delcampe & Thierry Rondenet. Dans les allées ainsi délimitées, on aperçoit les stands de Cathy Pill, Eric Beauduin, Jean Paul Knott, Christophe Coppens, Sandrina Fasoli…
Au fond, une nouvelle marque « Dressing right » lancée par Philippe Lebordais et dessinée par le duo Tony Delcampe & Thierry Rondenet, affiche son
engagement en faveur du commerce équitable. Le directeur m’explique modestement que tout n’est pas encore abouti, qu’il reste à contrôler l’éthiquement correct de toute la filière et qu’il a
encore du travail ! Mais déjà les étiquettes peuvent affirmer notamment l’origine parfaitement équitable du coton africain utilisé dans les jeans. A côté, se trouvait le stand de Natan
« Editions », la marque belge bien connue. Un nouveau jeune designer recruté récemment présentait les modèles dont beaucoup sont conçus pour le soir ou les occasions habillées, domaine
dans lequel Natan est très réputé en Belgique. Pour cette collection, il a eu le plaisir de travailler avec les superbes tissus de Malia Kent qui présentent des aspects mats et brillants, entre
le métal, la laque, le lainage…
Vue de l’espace « 101% Brussels Fashion » :
Stand de Dressing Right :
Stand de Natan :

par Florence Muller
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La maison Révillon, la plus ancienne dans le monde de la fourrure, a été rachetée en janvier 2007 par le fourreur Yves Salomon qui a nommé à la direction artistique
Peter Dundas en remplacement de Rick Owens. Yves Salomon ambitionne de redéployer cette marque au passé prestigieux vers le grand luxe marié à un sens affirmé de la mode. Le très charmant
ex-designer d’Emanuel Ungaro vient de prouver qu’il était parfaitement à la hauteur de cette mission. Cette première collection est hyper sophistiquée dans le traitement de la fourrure et a demandé
plusieurs mois de recherches et de mises au point. La matière est littéralement sculptée et révèle ainsi toutes les nuances de couleurs et de reflets que possède naturellement la fourrure. Un
maître fourreur a patiemment traduit les projets du designer dans de savants travaux d’incrustions ou de rasage. Tellement beaux que les manteaux ne sont pas doublés pour que l’on puisse admirer
l’effet de marqueterie à l’intérieur. Toute la collection présente une identité forte avec une thématique développée sur chaque silhouette d’une façon très cohérente. Le grand nord, les Inuits,
Peter Dundas n’est pas étranger à ces mondes glacés (il est norvégien). Il en livre des versions très crédibles pour des froids moins polaires… et très désirables. Aux volumes mousseux des manteaux
et vestes répond la légèreté de robes en mousseline imprimée. Fourrure et motifs se mêlent, les jambes nues sont encore réchauffées par de superbes bottes à talons hauts.
Défilé Lutz
Lutz Huelle, saison après saison, enrichit les fondements de son style en explorant de nouvelles pistes. Il donne de nouvelles lectures de ses principes de vêtements
favoris : robes intermédiaires entre le pull, l’écharpe et l’étole, le trench coat, les superpositions de maille et de mousselines… Pour l’hiver 2008-2009, tout cela va dans le sens d’une
coupe plus ample, à larges emmanchures qui évoquent le kimono. Une ceinture à nouer ne retient que partiellement, devant, cette ampleur qui reste ailleurs très libre et mouvante.


Marithé et François Girbaud
Les silhouettes, avec de lointaines références au Directoire, dans leurs proportions à taille haute et basque échancrée vers l’arrière, restaient bien ancrées dans
la réalité contemporaine et urbaine avec de solides bottes dérivées de la panoplie des motards. Ca et là, quelques robes de mousseline apportaient un peu de légéreté et de féminité à une
collection fille-ou-garçon, selon une orientation déjà engagée la saison dernière.

par Florence Muller
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Défilé de Gaspard Yurkievich
Les explorations dans les champs bien repérables de grands classiques du « bcbgisme » ou du rock’n roll rythme un défilé bien construit : le foulard
Hermès en vêtement complet ou en bretelles, les fermetures éclair scandant et soulignant d’un trait hauts, bas, manches… des transparences un peu hypocrites protégées par des boutonnages
bien fermés, du renard bleu éclatant, de longues robes d’hôtesses en foulard de soie à rayures bayadère… Des thèmes s’inscrivent dans une identité plus habituelle à Gaspard Yurkievich : les
incrustations en rinceaux à coutures froissées et plissées, les bordures galonnées et lâchées d’esprit vieux stock de passementerie 1920, les collants à motifs.
Ma préférence : toutes les robes du final, mais pour cet été… l’hiver prochain c’est trop loin !




Défilé Christian Dior
Dans l’espace des Tuileries, le défilé de John Galliano offrait un franc hommage aux années soixante, époque de sa naissance. De quoi être déçu par cette énième
convocation des swinging years ? Non, car ainsi que l’assure le programme, "les années soixante resteront celles de l’optimisme et de l’opulence". L’opulence, peut-être pas pour tous, mais
l’optimisme, certainement, en tout cas la croyance en un futur meilleur. Contrairement à sa méthode habituelle, Galliano ne fait pas s’entrechoquer les références dans des rencontres
incongrues. Ici tout est dans l’ordre parfait d’un monde à la Peter Sellars, avec une femme divine dans le genre de Capucine, un brin Jackie, un brin Vicomtesse de Ribes, beaucoup le genre de
Carolina Herrera avec sa chevelure gonflée dans laquelle cependant pas un cheveux ne s’échappe de l’amidonnage laqué. Un peu moins Talitha Getty, moins Boho chic que pour la dernière collection
Croisière.
Tout est presque parfait dans le meilleur des mondes possibles du rétro, de la citation lisible par tous… si ce n’est le maquillage à la manières des sixties, mais
outrancier ( le goût Leigh Bowery n’a jamais été chassé de la palette Galliano)… ou encore les cheveux fait d’énormes postiches montés sur des séries de petites nattes bien serrées, recouvertes
d’une nappe de cheveux libres (les mannequins s’échappant de la tente à la fin du défilé, avaient toutes une allure ébouriffée devant, nattée plat derrière.. pourquoi pas !) … et puis
surtout l’étonnante palette de couleurs, du pop jusqu’au psychédélique, mais toujours chic ! Et puis le luxe des matières, de sublimes vestes et manteaux de fourrures fabriqués par Yves
Salomon selon des techniques employées dans les années 60, les coupes qui, malgré des passages trop rapides, semblent très élaborées, des broderies bijoux sur les robes du soir vaporeuses. De
quoi mettre en effet de bonne humeur !



Défilé Martin Margiela
Du haut des gradins du Palais Omnisport de Bercy, au début, j’ai eu une petite sensation de redite, quelque chose qui rappelait le défilé précédent si réussi.
Sans doute à cause des maillots couleur chair. Au fond un semi-détail ! Car ces collants sont utilisés ici en fond pour déployer un jeu d’asymétries très intéressantes, avec demi-haut ou
demi-jambe. Puis sont apparues tous ces cols entonnoirs masquant à moitié le visage des filles. Un exercice risqué qui peut sentir l’arty trop systématique… Mais c’est impossible chez
Margiela ! Il arrive à faire en sorte que cette silhouette un peu encombrée du haut reste belle, élancée et même sexy. C’est très fort !


Défilé Yohji Yamamoto
Il y avait beaucoup de noir, couleur fétiche de Yohji Yamamoto, mais aussi, fait nouveau, beaucoup de couleurs et parfois plusieurs dans une même silhouette.
L’utilisation de cuirs très souples fauves, taillés en vestes nettes et se terminant sans coutures, les vestes à cols enroulés et les jupes vertugadins japonisants rompaient avec le
registre habituel du créateur tourné vers l’exploration infinie du masculin-féminin. Au final est apparu un très joli groupe de pensionnaires vêtues de manteaux-capes maintenus par des
bretelles comme ceux des infirmières de la guerre de 14-18 et portant en bandoulière de grandes besaces de cuir brut.

par Florence Muller
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Parallèlement à l’exposition du Musée Galliera consacrée aux années 20 qui a dépassé les 100 000 visiteurs, le Musée d’Orsay a conçu un cycle de films des mêmes années
dans lesquels les décors et les costumes sont signés des maîtres de la modernité et de l’élégance. Lise Brisson, qui a réalisé la sélection des extraits de films projetés dans le cadre de Galliera,
a apporté sa collaboration active et passionnée au projet. Le programme du samedi 23 février était particulièrement étonnant. Il débutait par un court-métrage au titre qui trouve une résonance très
actuelle dans les questions que se posent les médias : « Paris est-il toujours le temple du goût ? ». Ce film montre différents intérieurs animés par des personnages dont deux
adorables petits enfants aux cheveux coupés à la Jeanne d’Arc dans une chambre où tout a été prévu pour leur bien-être… et notamment les angles des meubles arrondis ! Le film suivant,
« Métamorphose », construit une histoire édifiante de jeune fille pauvre désespérée par sa condition misérable, aux ordres d’une mère patronne d’un bar minable et qui s’enfuit un beau
jour. Echouée sur un banc des Champs Elysées, elle fait la rencontre d’une dame élégante, vendeuse chez Drecoll. Apitoyée par les malheurs de la jeune fille, cette dernière l’a fait engagée comme
mannequin dans la maison de couture. Le charme triste du mannequin débutant séduit un jeune artiste mondain… la jeune fille par la métamorphose de la mode s’extrait de sa condition
prolétaire ! Mais on sent néanmoins qu’il n’y aurait qu’un pas à faire pour passer de la séduction à la prostitution !
Les décors signés de Francis Jourdain du film « Le silence » participent au propos du film en construisant l’atmosphère étouffante dans laquelle le
personnage principal va découvrir une angoissante vérité. « La glace à trois reflets », dépeint l’histoire d’un joli jeune homme trop bien habillé qui plaît aux femmes, mais refuse de
se décider entre trois adoratrices. Son allure narcissique et son comportement capricieux lui confèrent une identité particulièrement efféminée, bien représentative de l’époque de
l’après-première guerre mondiale. Dans un monde vidé des hommes jeunes morts au front et où les valeurs machistes ont perdu de leur superbe dans le désastre des tranchées, les qualités féminines
sont valorisées. Mais ironie de l’histoire, l’homme efféminé continue de se jouer des femmes comme de vulgaires objets. Le regard critique sur la modernité face à l’ancien monde, est elle aussi
au cœur du sujet : le jeune homme, dans une tenue sport super sophistiquée, finit par se tuer au volant d’un bolide lancé sur les routes de campagne.
Pour la dernière programmation de la journée, la salle s’est remplie d’un public plus nombreux. Aux étudiants ou anciens de l’Institut Français de la Mode, se sont
ajoutés des amateurs de rareté cinématographique… la fille de Colin Poiret qui vient de confier à Drouot les derniers modèles qu’elle possédait provenant de son célèbre grand-père Paul Poiret, la
fille de Marcel Lherbier, l’expert en costume Françoise Auguet… Un court métrage, document rarissime, montre l’intérieur de la maison Poiret en 1924, « Les Coulisses et le défilé »
présenté par le maître lui-même. On remarque que les mannequins de Poiret ont toutes des coupes de cheveux à la garçonne, coupées court et à nuque rasée. Tandis que les mannequins de la maison
Drecoll, beaucoup plus classiques, se contentaient de chignon à cheveux roulés dans la nuque pour se conformer à la mode des coupes modernes. Un petit chef d’œuvre va achever cette journée :
« Les ombres qui passent » d’Alexandre Volkoff de 1924. En Angleterre, dans le hameau de « Happyland » aux chaumières construites en fausses pierres, entre Disneyland et
le décor du « Prisonnier », vivent un homme « professeur de Morale », veuf et retraité, son fils et sa belle-fille. La description de leur vie rurale à la Jean Jacques
Rousseau prend des accents de hippies chics, quand le matin, le jeune couple monte ensemble en maillot de bain sur un cheval et entrent ainsi équipés en batifolant dans la mer ! Toute cette
vie de bonheur simple, basée sur un équilibre entre activité cérébrale et activité physique (traire la vache, couper du bois, lecture, piano…) bascule dans le drame le jour où le jeune homme
hérite d’une fortune de 20 millions d’un grand-père français oublié. Il se rend à Paris pour entrer en possession de son bien… mais les séductions de la ville des lumières lui font oublier,
épouse, père et vie campagnarde. Les femmes surtout avec leur élégance étourdissante habillée par Paul Poiret achèvent de lui faire perdre la tête. Dans la scène du dénouement final,
l’aristocrate corse tentatrice redoutable qui s’apprête à révéler sa véritable identité au jeune homme, le fait dans une tenue de Poiret, d’une extravagance extrême, annonciatrice de cette
révélation dramatique. Dans tous ces films, les costumes, comme les décors, constituent de véritables commentaires des situations et de l’histoire et soulignent la psychologie des
personnages.


par Florence Muller
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